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Marion Clignet c'est surtout une histoire peu banale. Il y a cinq ans, elle est atteinte par des crises d'épilepsie. La loi de l'état du Maryland ou elle réside,lui interdit de conduire pendant un an. 'Mon lieu de travail se trouvait à 30 kms de mon domicile. Je devais choisir: je controlais ma vie ou l'épilepsie me dominait'.
Elle enfourche donc son vélo chaque jour pour contineur à vivre normalement. Puis ses amis lui conseillent de s'éssayer à la compétition. Sans équipement (sophistiqué) elle termine quatrième de son premier critérium. En courant avec les garcons l'Américaine se fait un nom sur les routes de son pays. En 89, elle devient vice championne des Etats Unis du contre la montre et avec son équipe gagne le contre la montre par équipe.
Par sa force de caractère, Marion a beaucoup progressé en seulement trois années de vélo. Il lui reste aussi beaucoup à apprendre. "Aujourd'hui encore, j'ais fait beaucoup de travail et je l'ai payé. C'est am première année en international"
Avec un an d'expérience supplémentaire, on imagine les ravages qu'elles fera dans le peleton et en sélection....
"En 1991, il n'y aura pas de concurrence pour ma place." assure Marion, exemple pour les épileptiques et par son humour et sa personnalité, pour les autres championnes du peleton féminin.
A 42 ans, Marion Clignet, publie le roman de sa vie, "Tenace", un parcours de combattante. Celui d'une sextuple championne du monde en cyclisme confrontée à l'épilepsie, celui d'une athlète noyée dans un monde d'hommes.
"Je me révoltais contre tout, l'école, l'autorité. Il suffisait que l'on m'interdise de faire quelque chose pour que je le fasse." Le premier livre de Marion Clignet, "Tenace", est une introspection dans un esprit libre, taillé en acier trempé. Ce moral à l'épreuve de tout, cette volonté de faire progresser avec elle les femmes dans le cyclisme et les malades de l'épilepsie dans le sport, c'est Marion. Une battante, une conscience aiguë qu'elle peut se tracer un destin dans un monde qui n'est pas le sien. Car le vélo, chez Clignet, est une anomalie. Papa est universitaire, en chaire à Chicago l'année de sa naissance. "Marion ne vient pas, comme nombre de légendes du sport, d'un milieu défavorisé où le sport constitue un moyen de s'en sortir".
Dommage pour l'adaptation au cinéma : pas de ghetto, pas de misère en toile de fond de son enfance. Quoique. La pauvreté est toute proche, au coin de la rue. La famille Clignet a conscience de son statut privilégié. L'injustice, les parents en parlent et la regrettent. Une règle d'or pour Marion : ne jamais baisser les bras. Pour assouvir sa passion du cheval, Marion vit un été dans la grange d'une écurie. Elle paie son loyer en déchargeant douze heures par jour des bottes de foin... Elle se déplace en stop. Elle se sent libre.
Sa nouvelle monture, elle la découvre un peu par hasard en achetant un vélo vert foncé, lourd comme un âne mort, à un policier. Qu'elle troque bientôt pour une machine de compétition. Ce mélange de banalité et de hasard, cet enchaînement de faits dans l'itinéraire de cette future championne, s'arrête net un jour qu'elle roule à Washington. Le chapitre qui rapporte le drame s'appelle "Non". Un refus de la maladie, qui vient de s'abattre sur elle comme la foudre.
Elle a les yeux révulsés, les lèvres bleues, elle se mort la langue. Elle a 16 ans à peine et les médecins vont lui demander de limiter ses activités. Sa réponse tient en un mot. "Non"."J'appris aussi que des personnes hors du commun avaient été atteintes d'épilepsie, relève Marion avec une pointe d'ironie, des gens comme Alexandre le Grand, Bonaparte, César, Dostoïevski, Edison, Van Gogh, Haendel, mais aussi Truman Capote, Richard Burton, Agatha Christie... Je ressentis un bref soulagement en apprenant que j'étais, somme toute, en assez bonne compagnie." Elle sera cycliste professionnelle. Entre 1986 et 2004, elle remporte 180 courses, six titres mondiaux, deux médailles d'argent aux JO, dix titres nationaux en France et un bon nombre aux Etats-Unis.
Cette carte de visite calligraphiée de succès et de bonheurs divers, les lecteurs la connaissent souvent déjà. Mais "Tenace" raconte l'envers du décor, les embûches qui entravent son ascension dans le sport. Ou, au contraire, encouragent Clignet à persévérer, pour faire mentir la fatalité.
Son livre dit la honte qu'elle porte au front. En 1990, elle subit une crise d'épilepsie dans le hall de l'aéroport d'Oslo devant ses coéquipiers et les passagers. Deux ans plus tard, elle chute dans son escalier en proie à une nouvelle crise, et se réfugie sur son sofa où elle perd connaissance. Avant de se réveiller la tête couverte de sang...
Décidément, cette cycliste n'est pas pareille que les autres. En filigrane de sa bataille contre l'épilepsie, il y a son combat de femme. La question est certes moins présente que la maladie, avec ses doutes et ses espoirs d'un jour, mais elle est là. "La France, hélàs, n'était - et n'est toujours pas - en faveur du cyclisme professionnel féminin par équipe", lâche-t-elle pour signaler son engagement en Italie, fin 1996, en faveur de Acca Due-O-Lorena.
La discrimination d'être femme s'ajoute à celle d'être malade. Et d'ajouter :"En tant que cycliste féminine de compétition, j'étais forcée d'avoir plusieurs casquettes : celles d'athlète, d'entraîneur, parfois de mécanicien, d'agent de voyage, de négociateur de contrat, d'interprète, et enfin, sans doute la plus difficile à porter, celle de collecteur de fonds." Mais qu'est-ce que cette recherche permanente de sponsors, cette pression infligée à une athlète de niveau pour sa propre pérennité, au regard de son bras de fer médical ?
Le témoignage de Marion Clignet est essentiel. Elle a choisi de le placer dans le droit fil de son activité militante. Les bénéfices de "Tenace" seront d'ailleurs reversés pour la recherche contre l'épilepsie. Au-delà d'un parcours et des leçons dispensées, de cette exaltation mêlée du courage et de la volonté, il y a un chemin taillé dans les ronces. Un épileptique peut pédaler au plus haut niveau. Ou plutôt, il pourrait.
Le jeune Australien Nick Sanderson, néo-pro cette saison, a été écarté de l'équipe Davitamon voilà quinze jours parce qu'il souffrait de cette maladie. Il devrait poursuivre sa carrière chez les amateurs, sous surveillance, avant de rejoindre à nouveau, peut-être, le peloton professionnel. Peut-être seulement. Il a récemment écrit à Marion Clignet pour solliciter des conseils. Son combat à lui ne fait que commencer.