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Salut ! Je m’appelle Marion Clignet, je suis franco-américaine. Mes parents sont français, je suis née et j’ai grandi aux Etats Unis. A 22 ans, j’ai découvert que j’étais épileptique et que je devrai prendre des médicaments le restant de ma vie. Ce jour-là, je me suis fait la promesse que rien ne devait m’arrêter, que rien ne m’empêcherait d’arriver là où je voulais être. Donc j’ai foncé et me voilà avec en poche: 6 titres de championne du monde, 2 médaille d’argent aux Jeux Olympiques et 180 courses gagnées à travers le monde.
Vélo 101 : Marion quel bilan tires-tu de tes derniers Jeux Olympiques ?
Marion Clignet : J'en ai déduit que pour être au top là bas, il faut soit arriver, six jours avant la compétion, soit vingt et un jours auparavant pour récupérer du décalage horaire. Entre le cinquième et le neuvième jour, j'étais vraiment en forme et je battais tous mes records. A partir du onzième jour, j'ai connu une nette baisse de pression. Je pense sincèrement que cela m'a coûté la médaille d'or. Je n'avais plus le punch nécéssaire pour faire une poursuite ou même une course aux points. Je me suis retrouvée au début des compétitions sans jus et sans influx nerveux. J'étais incapable de donner le meilleur de moi-même.
Vélo 101 : Quelle image garderas-tu des Jeux de Sydney ?
Marion Clignet : Vivre avec des athlètes de tous les pays du monde est vraiment une joie exceptionnelle, c'est la première fois que je vivais ces moments là. D'habitude, l'équipe de France était toujours hébergée hors du village olympique. Cette année, nous étions au coeur des Jeux, j'ai ainsi croisé le perchiste Sergueï Bubka, les joueurs de tennis Patrick Rafter et Marcello Rios...
L'organisation en Australie était vraiment au top en pensant d'abord aux athlètes. Tout a été fait pour que les sportifs soient au mieux. Il n'y avait rien à comparer avec Atlanta c'était complétement différent.
Vélo 101 : Comme lors des Jeux à Atlanta, tu reviens avec une médaille d'argent. Es-tu déçue de ta prestation ?
Marion Clignet : Oui et non. Biensûr, je suis déçue de ne pas avoir décroché l'or, mais je reviens quand même avec une médaille d'argent et avec des souvenirs très fort. En Australie, j'ai aussi été récompensée par les habitants, la fête du village olympique et surtout les moments agréables passée avec les rameurs, les handballeuses et les basketeuses français.
Vélo 101 : A Manchester, tu es devenue championne du monde de la course aux points, un grand souvenir dans ta carrière ?
Marion Clignet : Oui, cette course a été l'une des plus belle que j'ai effectuée sur piste. Je n'étais vraiment pas au sommet de ma forme car j'ai eu beaucoup de mal à m'entraîner entre Sydney et Manchester mais je suis allée chercher cette victoire avec ma tête.
Par contre, la poursuite étant programmée seulement treize heures après la course aux points, je n'ai pas pu défendre mes chances correctement.
Vélo 101 : Comment envisages-tu ton avenir?
Marion Clignet : Je vais chercher à améliorer les conditions de travail du sport féminin. Je fais le même métier que Laurent Jalabert ou Lance Armstrong mais je ne suis pas aussi reconnue qu'eux. Il suffit de regarder le salaire à la fin du mois !
Après ma carrière, je n'aurai aucune retraite ni aucune autre assurance. Je vais maintenant me battre pour les jeunes. Je veux que les filles soit mieux payées, qu'elles travaillent dans de bonnes conditions et qu'elles soient entourées d'entraîneurs compétents et non livrées à elles-mêmes.
Vélo 101 : Quelles sont les différences entre un champion du monde masculin et féminin ?
Marion Clignet : Aujourd'hui aucune car je me suis battue en 1995 pour que les primes soient identiques entre les hommes et les femmes.
Mais en 1994, j'ai été championne du monde et j'ai touché 15000 francs de prime de victoire de la Fédération française de cyclisme (FFC). La même année, Luc Leblanc était champion du monde et a reçu 400000 francs de la part de la FFC. Florian Rousseau était champion du monde du kilomètre, il avait touché 50000 francs de la FFC et 50000 francs de la ligue.
J'ai alors rendu mon chèque et demandé des primes identiques. J'ai du me faire conseiller par un avocat pendant un an et j'ai obtenu gain de cause.
Vélo 101 : Tu arrêtes la carrière cycliste, que vas tu faire maintenant ?
Marion Clignet : Je vais m'investir dans le projet de restructuration du sport féminin, j'ai déja rencontré la ministre de la Jeunesse et des Sports Marie Georges Buffet pour en parler.
Vélo 101 : Qu'aurais-tu fait si tu n'avait pas été championne cycliste ?
Marion Clignet : Je rêvais d'être jockey, mais quand j'ai dépassée la taille limite, mon rêve s'est brisé et je me suis tournée vers le vélo.
Propos recueillis par Johnny Bolgiani le 14 novembre 2000
Palmarès de Marion Clignet :
180 victoires dont :
- 6 titres de championne du monde (3 fois en poursuite, 2 en course aux points, 1 en contre la montre par équipes sur route)
- 10 titres de championne de france
- victoire d'étapes au Tour d'Italie
- victoire d'étapes au Tour de France
- 2ème du Tour de France 1993
- deux fois vice-championne olympique
- ex-recordman du monde de poursuite (1996-2000)